RMI, allocation de parent isolé, allocation supplémentaire de
vieillesse... les minima sociaux sont versés à près de 150 000
allocataires dans le département. Ces transferts permettent à 285 000
Réunionnais en situation de pauvreté de bénéficier de la solidarité
nationale.
Ce sont des statistiques que les pouvoirs publics mettent rarement en
lumière. Surtout en cette période électorale. L’Insee vient de réparer
cet oubli fâcheux en publiant dans le dernier numéro de sa revue un
article très détaillé sur l’évolution des minima sociaux dans l’île
entre 2001 et 2005. Et les chiffres ne sont pas bons. Au 1er janvier
2006, La Réunion comptait exactement 148 900 allocataires contre 133
000 cinq ans plus tôt, ce qui représente une augmentation annuelle de
3,1 %.
Le législateur a clairement défini la vocation des minima sociaux : il
s’agit d’aides financières accordées à des individus justifiant d’un
risque de pauvreté lié à l’âge, à l’isolement, ou à la perte d’un
emploi. Contrairement à certaines garanties sociales, ces ressources ne
sont pas adossées à des contributions, c’est-à-dire qu’elles sont
déconnectées de toutes cotisations.
Le RMI constitue la pierre angulaire de ces allocations. Au cours de
ces dernières années, le nombre de RMistes est passé de 63 500 à plus
de 75 000, soit une progression de 18 % sur la période étudiée par
l’Insee. Le revenu minimum d’insertion couvre la moitié de la
population bénéficiaire des minima sociaux et 20 % de la population
réunionnaise âgée de 25 à 64 ans. Ceux qui sont sortis récemment du RMI
et qui sont officiellement à la retraite sont en principe éligibles au
Fonds de solidarité vieillesse (FSV). 33 000 personnes ont perçu en
2005 le minimum vieillesse, une prestation versée à 58 % des
Réunionnais âgés de 65 ans et plus. À titre de comparaison, seulement 7
% de cette classe d’âge sont concernés par ces revenus dans l’Hexagone.
L’Insee explique cet écart par la difficulté croissante d’anciens
salariés en situation précaire à reconstituer une carrière complète en
relation avec les emplois occupés.
L’API EN FORTE PROGRESSION
Signe de cette précarité, l’allocation spécifique de
solidarité (ASS) est la troisième indemnité distribuée localement. En
2005, 14 000 chômeurs en fin de droits en ont bénéficié, une proportion
trois fois plus élevée qu’en métropole. Un autre dispositif, spécifique
aux départements d’Outre-mer, permet parallèlement à des RMistes de
plus de 50 ans de se retirer du marché du marché du travail. Il s’agit
du revenu de solidarité (RSO). En 2001, première année d’attribution, 4
600 personnes étaient concernées par cette mesure. Ils sont aujourd’hui
un peu plus de 6 000.
Deux prestations complètent le régime des minima sociaux. Il s’agit de
l’allocation de parent isolé (API) et de l’allocation aux adultes
handicapés (AAH). La première est versée à un peu plus de 6 000 femmes
dans l’île (+ 13% sur cinq ans), la seconde est réservée à ceux qui par
nature présentent un handicap physique ou mental. Ils sont un peu plus
de 10 500 dans cette situation dans le département. L’étude rendue
publique hier par l’Insee apporte un deuxième enseignement très
intéressant : cumulés, les revenus distribués aux 150 000 allocataires
permettent à 285 000 personnes (bénéficiaires, conjoints, enfants...)
de vivre grâce aux transferts sociaux. Le sujet est devenu presque
tabou mais cette enquête le révèle au grand jour : La Réunion n’est pas
vraiment sortie de la pauvreté. |