Attaques de frelons asiatiques, pollution, insecticides: les abeilles
sont en danger. Et avec elles, tout un écosystème... Ecotidien fait le
point sur les vrais risques.
« Si l'abeille venait à disparaître, l'homme n'aurait plus que
quelques années à vivre… ». Le bon sens populaire attribue à Albert
Einstein cette affirmation. Si rien ne prouve que Monsieur Einstein ait
effectivement prononcé cette phrase, on peut s'interroger sur la
véracité de cette information. Quel danger menace aujourd'hui les
abeilles et par extension notre propre espèces ? Que peut-on faire pour
y remédier ?
L'abeille existe sur notre planète depuis 80 millions d'années. 80%
de notre environnement végétal est fécondé par les abeilles. Les
abeilles sont donc indispensables à la production de fruits et
légumes. 40% de notre alimentation en fruits, légumes, oléagineux,
dépend exclusivement de l'action fécondatrice des abeilles. Vingt mille
espèces végétales menacées sont encore sauvegardées grâce à l'action
pollinisatrice des abeilles.
Depuis 1995, près de 30% des colonies d'abeilles disparaissent
chaque année et en dix ans 15 000 apiculteurs ont cessé leur activité.
Aujourd'hui, on perd entre un quart et un tiers de nos abeilles par an.
La faute à une utilisation excessive de pesticide, à la disparition des
plantes nourricières et à l'élimination des sites de nidification.
C'est une crise de la pollinisation qui menace la biodiversité de la
planète. A titre d'exemple, lorsqu'une plante tropicale disparaît, on
estime qu'elle emporte 30 espèces associées avec elles, et pour un
arbre tropical, ce sont 400 espèces qui s'éteignent ! La disparition
des plantes est dramatique quand on sait que les trois quarts de la
population mondiale se soignent grâce à elles, et que 70% de nos
médicaments en sont dérivés.
Nous avons rencontré Christophe, apiculteur en Provence,
co-fondateur du site “Miel et Une Tentations” et à l'initiative du blog
“Du miel et des abeilles” pour essayer de comprendre un peu mieux ce
phénomène. Il nous explique ainsi : « C'est un ensemble de facteurs qui
favorise la fragilisation des abeilles. Les pesticides certes, mais
aussi la sécheresse, et de façon générale, un environnement perturbé
qui fragilise les abeilles. Les reines sont moins fécondes, les
colonies moins résistantes… »
Alors, comment lutter contre ce phénomène ? « On y arrive quand
même, du moins chez nous, mais c'est beaucoup plus de travail, beaucoup
plus de changements de reines, des coûts plus élevés car plus de
transhumance afin de trouver des emplacements meilleurs avec plus de
fleurs… Même si au niveau de l'Europe, les aides à la transhumance, ca
marche bien. »
L'UNAF lance en 2005 l'action « l'abeille, sentinelle de
l'environnement », une charte signée par un maximum de collectivités et
d'entreprise. A travers cette charte, les signataires s'engagent
notamment à une application plus stricte des lois sur l'homologation et
l'utilisation des produits phytosanitaires, c'est à dire plus
généralement une agriculture respectueuse de l'environnement. Ils
s'engagent à favoriser le repeuplement des colonies et l'installation
de nouveaux apiculteurs. Ils s'engagent enfin à favoriser l'information
auprès du public sur le métier d'apiculteur, l'abeille et ses produits
dérivés. Pour Christophe, ce n'est qu'un début : « La démarche est
bonne mais on n'en voit pas encore tout à fait les fruits. Il faut
travailler sur la durée. »
Pour lui le meilleur moyen actuellement de lutter contre la
disparition des abeilles, c'est d'abord de travailler avec son
environnement et de se concentrer sur ce qu'on maîtrise : «
L'apiculteur doit trouver des bons emplacements ou les abeilles
seraient le moins en danger, et surtout aller à la rencontre des
partenaires, des agriculteurs, pour travailler en symbiose avec eux. Ce
n'est pas en se jetant des pierres que nous y arriverons mais en les
posant les unes sur les autres ! »
En réalisant déjà ces efforts, on favorise la survie des abeilles et
par extension la production du miel. Le miel reste finalement d'après
Christophe un produit bon marché : « Le but c'est de promouvoir le miel
comme élément sucrant pour remplacer le sucre. C'est un produit sain,
plein de propriétés, pleins de variétés. »
Espérons que nos petits enfants puissent encore en dire autant…
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