On
connaissait le coup du taxi – en 2006, la PAF faisait passer ses camionnettes
pour des taxis afin d'amadouer les sans-papiers. Désormais, dans le « manuel
des petites astuces pour faire du chiffre à Mayotte », il y a celui de la
maîtresse. A ranger au chapitre des plus tordus …
Nous
sommes mercredi 5 août, au rond point de la zone Nel – un lieu de prédilection
en matière de contrôle d'identité. Outre les taxis, les gros bras de la Police
nationale attendent « un 4x4 noir avec un homme au volant et une femme à ses
côtés », dit l'un d'eux. Ils ne savent pas vraiment à quelle heure ils doivent
passer, mais ils sont certains que la femme n'a pas les bons papiers. Pendant
qu'un collègue, casquette de la Police à l'envers, scrute les voitures qui
arrivent de Kawéni et manque d'arrêter un 4x4 noir avec un homme et une femme à
ses côtés avant de se raviser en voyant que la compagne est blanche, le flic
raconte l'affaire à des amis qui boivent un café dans le petit bistrot du coin,
sans se douter qu'un journaliste aussi, boit son café. L'histoire lui semble
habituelle : c'est le conducteur lui-même qui a appelé la PAF pour de
débarrasser de sa maîtresse, en situation irrégulière. Dans la bouche du
policier, bras gros comme des cuisses, ça sonne plus cru : « Le mec l'a
baisée et maintenant, il veut s'en débarrasser parce qu'il en a trouvé une
autre ! » Une manière plutôt originale d'éviter tout chantage d'une
ex-maîtresse peu reconnaissante … À en croire le gros bras, ce n'est pas la
première fois qu'une telle entourloupe est commise.
«
C'est dégueulasse ! », ose le flic dans un semblant de lucidité. Pas au
point de cracher sur une belle occasion d'ajouter une unité à son compteur de «
clandos renvoyés » : la police a convenu avec l'amant peu recommandable
d'un point de chute où elle récupèrerait la « marchandise » avant de la
reconduire à la frontière sans que l'ex-amant n'en soit tenu pour responsable.
Quand le 4x4 de marque japonaise s'approche, le collègue sonne l'alerte. Le cinéma
peut commencer sous l'œil amusé des buveurs de café : les deux policiers
demandent leurs papiers à l'un et à l'autre ; le conducteur s'exécute sans
broncher, l'air faussement surpris ; sa compagne fait semblant de chercher
dans son sac avant de sortir son passeport comorien et un papier qui ne
convainc pas les officiers ; le gros bras la fait sortir et l'amène dans
la camionnette pendant que l'autre « fait la leçon » au conducteur, histoire de
marquer le coup. Le spectacle est plutôt comique, à en croire les remarques des
buveurs de café et le sourire du gros bras. Quand l'amant déchu repart, tout le
monde ricane. Pendant l'heure durant laquelle les policiers ont investi le
rond-point, aucune autre voiture de particulier n'a été arrêtée. |