 Dans un livre à paraître mardi, intitulé "Maintenant", la candidate
socialiste s'explique longuement sur son engagement à gauche et les
valeurs qui la guident. Elle fait de Sarkozy sa principale cible.
A moins d'un mois du premier tour, Ségolène
Royal publie mardi prochain un livre intitulé "Maintenant", dont
l'Associated Press a obtenu copie, samedi 24 mars. Elle s'y livre un
peu, s'explique longuement sur son engagement à gauche et les valeurs
qui la guident, et prépare déjà la "rénovation idéologique" du PS. Pas
tendre avec François Bayrou qu'elle accuse de "se moquer" des Français,
elle fait de Nicolas Sarkozy sa principale cible et dénonce sans
ménagement sa "boulimie" de pouvoir. Plusieurs fois repoussé, ce livre
d'entretiens avec l'éditorialiste de "Elle" Marie-Françoise Colombani
se présente sous la forme d'un abécédaire en 335 pages et 190
mots-clés, d'"abandonner" à "zen". Son titre, "Maintenant" (éd.
Hachette Littératures-Flammarion), n'est pas sans rappeler l'ouvrage
"Ici et Maintenant" que François Mitterrand avait rédigé en 1980, juste
avant d'entrer à l'Elysée. La candidate du PS y surfe du domaine privé
aux valeurs, du futile à l'avenir du pays.
L'illusion du dépassement gauche/droite
"J'aime la France", écrit-elle, lyrique. "J'aime son histoire pleine de
bruit et de fureur, mais aussi de douceur, de moments radieux, j'aime
sa langue, j'aime ses paysages. La France, pour moi, ce n'est pas que
l'Hexagone, ce sont aussi ses outre-mers, c'est la Martinique où j'ai
vécu enfant, où j'ai travaillé jeune fille, où je suis retournée".
Souvent accusée de flotter idéologiquement ou de flirter avec la
droite, elle revendique son ancrage à gauche: "Je suis née dans un
milieu de droite", mais "je ne partage pas ce pessimisme social, ce
respect du désordre établi, cette vénération pour le libéralisme
économique et la loi du plus fort". "C'est à gauche que j'ai trouvé ce
désir d'émancipation et de fraternité". Ségolène Royal dénonce par
conséquent "l'illusion d'un dépassement du clivage entre la droite et
la gauche" dans une flèche à son rival UDF François Bayrou. "Prétendre
brouiller les frontières, c'est se moquer (des Français). Ou avoir des
appétits de carrière personnelle qu'on espère mieux satisfaire en
changeant de camp", accuse-t-elle.
Sarkozy, premier adversaire
Mais c'est Nicolas Sarkozy qui apparaît comme son premier adversaire.
Elle juge "scandaleux" qu'il soit resté "aussi longtemps" ministre et
candidat, et pointe son "échec" place Beauvau. Elle fustige aussi une
"boulimie" et une "volonté de tout contrôler inquiétantes pour la
France". "Prisonnière d'aucun dogme", elle prend toutefois soin de ne
pas insulter l'avenir en affichant sa volonté de "rassembler largement"
dans l'élection présidentielle, "au-delà des étiquettes". Ainsi, elle
n'hésite pas à adresser un coup de "chapeau" à Bernadette Chirac, dont
elle ne "partage pas les idées" mais "estime la ténacité". Elle dit son
"respect" à Simone Veil, "femme de qualité" qui "a fait preuve de
courage". Et va jusqu'à louer l'action du général de Gaulle. Dans la
dernière ligne droite, celle qui affirme ne pas penser depuis longtemps
à l'Elysée refuse d'envisager l'échec. "La consigne que je me donne,
c'est d'être présente au deuxième tour et de gagner!" Zen, Ségolène
Royal? "La pression que j'ai subie au cours des primaires" au PS "a été
une rude école", confie-t-elle, "le stress est derrière moi". Elue,
elle formerait une "équipe resserrée" et "solidaire" et juge qu'une
"quinzaine" de ministres serait "une bonne hypothèse de travail".
Vers un socialisme du XXIe siècle
Déjà, elle imagine l'avenir du PS et plaide pour "une actualisation du
logiciel socialiste" pour aller vers un "socialisme du XXIe siècle" aux
contours encore flous. Dressant en creux le bilan de son compagnon
François Hollande aux commandes du PS, elle regrette une "glaciation"
et une "tendance à s'enliser dans la répétition mécanique". "Le
socialisme français doit être dépoussiéré et actualisé". "Je crois être
en mesure de réussir cette évolution nécessaire et profonde",
affirme-t-elle. De la rubrique "ANPE" à "désarmement", la candidate
balaie les grands dossiers et précise parfois ses intentions. Au volet
fiscalité, elle se dit ainsi "favorable" au prélèvement à la source
grâce à la "reconstruction d'un impôt citoyen" qui fusionnerait l'impôt
sur le revenu et la CSG. Elle estime que l'assiette et le taux de l'ISF
"peuvent être modifiés", en fonction du marché immobilier par exemple.
Elle demande la "suppression" des "parachutes dorés". Au volet
numérique, elle évoque aussi des aides à l'achat d'un ordinateur "sous
condition de ressources", pour que chaque Français ait son adresse
électronique. (Avec AP)
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