Pour éviter d'avoir à payer une amende astronomique, le
gouvernement vient de transposer en urgence une directive européenne
sur les OGM. Sauf que ces nouvelles dispositions sont loin de régler
tous les problèmes liés à la culture d'organismes génétiquement
modifiés. Surtout, certaines d'entre elles ne sont que de vagues
promesses.
On espérait une grande loi sur les OGM, il faudra se contenter pour
l'instant de quelques dispositions sans ambition. Le ministère de
l'agriculture vient en effet d'annoncer quelques timides mesures visant
à mieux encadrer les essais de cultures OGM. Désormais, chaque parcelle
cultivée devra être déclarée afin qu'un registre recensant les essais
OGM soit créé. Les agriculteurs cultivant des OGM devront par ailleurs
en avertir leurs voisins et prévoir une distance d'isolement de 50
mètres autour de leurs parcelles OGM. L'obligation de déclaration
des essais et des cultures fait l'objet d'un décret visant à transposer
une directive européenne de 2001 sur les essais en champs et les
cultures commerciales des OGM. Il était temps. La France, qui aurait dû
transposer cette directive depuis 2002, risquait de se voir infliger
une amende de 38 millions d'euros et 360.000 euros par jour de retard.
En revanche, les obligations de prévoir une zone d'isolement et
d'alerter ses voisins ne sont les fruits que de vagues promesses orales
faites par l'Association générale des producteurs de maïs (AGPM) au
ministre de l'agriculture. Celles-ci n'ont donc aucune valeur légale. De
toute façon, ces mesures en demi-teinte sont loin de régler tous les
problèmes. D'une part, la distance de 50 mètres imposée entre les
cultures OGM et les autres n'est pas suffisante pour être certain que
des semences génétiquement modifiées ne puissent contaminer
accidentellement des parcelles conventionnelles. Or, les conséquences
pourraient être importantes pour le cultivateur victime qui serait dès
lors contraint de vendre à un prix moindre une récolte contaminée par
les OGM. Pire, la responsabilité en cas de pollution de ce genre
n'étant pas définie, les cultivateurs ne peuvent s'assurer contre ce
risque et aucun fond susceptible de les indemniser n'est prévu. D'autre
part, rien n'empêche pas que les OGM ne se mêlent aux cultures
conventionnelles après la récolte, lors du transport ou du stockage.
Enfin, ces décrets ne prévoient pas ni véritable évaluation des risques
et des bénéfices des OGM ni publication des informations ayant trait à
la sécurité des nouveaux OGM, ce qui semble pourtant être la moindre
des choses. De telles dispositions étaient en partie prévues
dans le projet de loi OGM, mais ce texte, adopté en première lecture
par le Sénat, a été retiré en début d'année, officiellement pour «
calendrier parlementaire trop chargé ». Depuis, rien n'a bougé. Et ce
ne sont pas des décisions prises à la va-vite qui régleront l'épineux
problème de la culture et de la commercialisation des OGM.
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