Stress, peur, angoisse, les attitudes menaçantes de
certaines sociétés de recouvrement ont des conséquences qui ne sont pas
anodines. En cas d'abus, il est possible de faire reconnaître devant un
juge son préjudice moral.
Elle avait pourtant résilié en bonne et due forme son abonnement.
Cela n'a pas empêché Wanadoo (devenu depuis Orange) de continuer à
prélever pendant plusieurs mois le compte de cette cliente. Après de
longues démarches infructueuses, celle-ci a finalement demandé à sa
banque de suspendre le prélèvement automatique, et la réaction de
Wanadoo n'a pas tardé : le dossier a été transmis à la société de
recouvrement Intrum Justitia, qui a adressé à l'abonnée plusieurs
lettres salées lui imposant de régler rapidement le montant dû sous
peine de poursuites judiciaires. Le 24 novembre dernier, le tribunal
d'instance de Lyon a reconnu le caractère abusif de cette méthode et,
outre le remboursement de 9 mois de prélèvements indus (soit 269,10
euros), a condamné le fournisseur d'accès à Internet (FAI) à verser 2
000 euros de dommages et intérêts à la plaignante pour le préjudice
moral subi. Cette jurisprudence va redonner du baume au coeur aux
milliers de victimes qui, elles aussi, sont harcelées par une société
de recouvrement alors qu'elles sont dans leur bon droit. Papier bleu,
cachet aux allures de tampon officiel, jargon juridique et vocabulaire
déroutant (« dernier avis amiable », « huissier de justice », etc.),
tous les moyens sont bons pour obtenir le paiement d'une créance. Et si
cela ne suffit pas, les menaces deviennent encore plus explicites : «
Nous avons préparé une requête en injonction de payer que nous déposons
devant le tribunal, avait assuré la même société Intrum Justitia à une
autre cliente. Dès que la procédure est engagée, il n'est plus possible
de la stopper. » La société ODC est même allée beaucoup plus loin en
affirmant à un client du FAI Alice que des « huissiers de justice
territorialement compétents » allaient se « rendre à [son] domicile,
afin de dresser un procès verbal de saisie-vente sur [ses] biens
immobiliers, avec l'assistance de la force publique et d'un serrurier
pour l'ouverture forcée des portes en [son] absence ». Avant d'ajouter
: « une procédure d'indisponibilité de la carte grise de votre véhicule
sera également effectuée auprès de la préfecture. Cette procédure vaut
saisie de votre véhicule. » Rien que ça ! Enfin, pour faire craquer les
plus récalcitrants, les sociétés de recouvrement facturent des frais de
dossier toujours plus importants, bien que cette pratique soit
interdite par l'article 32 de la loi n0 91-650 du 9 juillet 1991. En
relevant le « ton menaçant » d'Intrum Justitia et en dénonçant les
allégations de « poursuites judiciaires non engagées et de toute façon
vouées à l'échec », les magistrats de Lyon ont clairement rappelé aux
sociétés de recouvrement qu'elles n'avaient pas tous les droits.
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