PARIS (Reuters) - La décision du ministre
de l'Intérieur Nicolas Sarkozy de créer un fichier informatique baptisé
"Eloi" pour les étrangers illégaux et leurs proches a été annulée par
la plus haute instance de la justice administrative.
Très critiqué à gauche, Eloi (pour
"éloignement") visait à faciliter les expulsions d'étrangers sans
papiers en rassemblant dans des fiches informatiques des données sur
ces personnes, celles qui les hébergent et celles qui leur rendent
visite dans les centres de rétention.
Saisi notamment par SOS Racisme, et
d'autres associations, le Conseil d'Etat a estimé que l'Intérieur
aurait dû demander un avis motivé à la Commission nationale
informatique et libertés (Cnil), une instance administrative
indépendante, puis faire adopter un décret en Conseil d'Etat, avant de
prendre son arrêté le 30 juillet dernier.
"L'arrêté du 30 juillet 2006 (...) a
ainsi été pris par une autorité incompétente et doit, pour ce motif,
être annulé", dit le Conseil dans son arrêt. Le ministère devra payer
3.000 euros de frais de procédure à SOS Racisme.
Anticipant cette décision de justice, le
ministère de l'Intérieur avait déclaré le mois dernier qu'il
relancerait la création du fichier Eloi avec quelques aménagements.
Il souligne lundi dans un communiqué que
cet arrêté a été annulé "pour des motifs de pure forme." "Le conseil
d'Etat, en effet, n'a retenu aucun des arguments selon lesquels ce
fichier méconnaîtrait les libertés. Il s'est borné à juger que le
fichier aurait dû être créé, non par un arrêté, mais par un décret en
Conseil d'Etat", affirme-t-il dans un communiqué.
LA CNIL SAISIE
En conséquence, le ministère a saisi le
jour même la Commission nationale de l'informatique et des libertés
(Cnil) d'un projet de décret créant "le traitement ELOI."
L'annulation prononcée par le Conseil
d'Etat n'implique en effet aucune interdiction de créer à terme un
fichier de cette nature, si les procédures sont respectées, dit dans un
communiqué le Conseil d'Etat, qui rappelle que le principe de ce
fichier a été approuvé par le législateur.
Il faudra cependant que les procédures
puissent "préciser la durée de conservation et les conditions de mise à
jour des informations enregistrées, les modalités d'habilitation des
personnes pouvant y accéder ainsi que, le cas échéant, les conditions
dans lesquelles les personnes intéressées peuvent exercer leur droit
d'accès", ajoute le Conseil.
Le Conseil d'Etat estime que le fichier
doit être soumis à une procédure spéciale car certaines données, comme
les photos numérisées, sont juridiquement considérées comme
biométriques, donc sensibles.
Les organisations plaignantes,
SOS-Racisme, la Ligue des droits de l'homme, la Gisti et le Syndicat de
la magistrature considéraient que ce fichier portait atteinte aux
droits des personnes qui soutiennent les étrangers en instance
d'expulsion, et "criminalisait la solidarité".
La politique de Nicolas Sarkozy, qui
s'est fixé pour objectif d'augmenter les expulsions d'étrangers en
situation irrégulière, est contestée sur le fond par une partie de la
gauche et d'autres associations, qui demandent une régularisation
globale.
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